Le corse : langue ou dialecte?

By 5 octobre 2017Corse, Langues

La Corse et la question de sa langue (le corse) laissent rarement indifférent, notamment d’un point de vue médiatico-politique.

Beaucoup ont leur propre avis sur les revendications des nationalistes corses – en ce moment au pouvoir suite à leur victoire aux élections territoriales de 2015.

Et au milieu de ces revendications, « la question de la langue corse » est évidemment au coeur des débats.

Mais en réalité, le corse est-il une langue ou un dialecte ?

Les avis sont nombreux sur la question, et relèvent d’habitude plutôt du registre émotionnel. Rares sont ceux qui posent un regard scientifique sur la question. Depuis des décennies, la plupart des arguments avancés sont en général d’ordre politique.

Certains sont « pour » la langue corse d’un côté, certains sont « contre ». Et selon le camp choisi, le point de vue peut être radicalement différent.

Pour départager ces deux « camps », nous allons utiliser la méthode scientifique. Autrement dit, lorsqu’il est question de langue : la linguistique.

Researcher working

QUELLE DIFFÉRENCE ENTRE LANGUE ET DIALECTE ?

Cela devrait être simple, pourquoi ne pas simplement vérifier la définition dans le dictionnaire?

 

QU’EST-CE QU’UNE LANGUE ?

Selon le Larousse, simplement un « système de signes vocaux, éventuellement graphiques, propre à une communauté d’individus, qui l’utilisent pour s’exprimer et communiquer entre eux ». Sont cités les exemples « langue française, anglaise »

Cette définition du mot « langue » devrait suffire à classer tous les « dialectes » du monde dans la catégorie « langue » (ou serait-ce l’inverse?).

 

LANGUE, DIALECTE : UNE QUESTION POLITIQUE

Mais il y a ensuite l’argument dit « d’autorité ». Et c’est là que la politique, puis l’émotion entrent en jeu : il est courant de hiérarchiser ces « systèmes de signes » selon 3 niveaux – « langue », puis « dialecte » et enfin « patois ».

« Langue » est souvent perçu comme plus prestigieux, ou officiel. Mais ce n’est pas ce qu’en disent les dictionnaires, ni les spécialistes.

Les termes « dialectes » et « patois » sont en revanche considérés en général comme péjoratifs. Certains les trouvent même insultants.

Il existe en effet des critères de sélection, qui sont avancés par ceux qui hiérarchisent les langues.

Ces critères sont souvent liés à des questions de taille : un grand nombre de locuteurs, un grand territoire, une longue histoire, etc.

Dialecte ou langue... Une question de taille?

Comment mesurer l’importance d’une langue?

Outre le caractère subjectif de ces critères (qu’est-ce que « grand », qu’est-ce que « petit » ?), de nombreuse langues au statut officiel ne sont parlées que par un nombre limité de personnes : quelques dizaines de milliers, voire simplement quelques milliers de locuteurs. C’est le cas par exemple au Portugal et en Irlande.

 

TOUTE LANGUE MAJORITAIRE EST-ELLE OFFICIELLE ?

En France, la situation est très simple. La Constitution désigne une seule langue officielle : le français. L’Inde, en revanche, a 23 langues officielles, incluant l’Hindi et l’anglais notamment.

Les États-Unis n’ont pas donné de statut particulier à l’anglais (au niveau fédéral). Pareil pour les britanniques. L’anglais s’y est imposé par l’usage et non par la loi.

Si l’Académie française défend la langue française, il n’y a pas en revanche d’Académie anglaise. Et l’anglais ne s’en porte pas plus mal.

L’Espagne, elle, compte 4 à 6 langues avec un statut officiel (certaines langues étant parfois regroupées).

En Italie, l’utilisation des langues dites minoritaires est protégée par la loi au sein des communes. En gros, c’est comme si l’on utilisait le provençal à la mairie de Marseille ou le chtimi à Lille.

On voit donc bien qu’en dehors des questions politiques, le statut officiel n’est pas nécessaire pour « légitimer » une langue.

Les anglais définissent pourtant le mot « langue » d’une manière pratiquement identique (si l’on compare le Larousse au Collins).

 

QU’EST-CE QU’UN DIALECTE ?

La désignation même de « dialecte » est politique. Aucun linguiste digne de ce nom ne vous dira le contraire (à moins d’être motivé lui-même par des intérêts politiques…).

Mais en dehors de la linguistique, on définit souvent un « dialecte » par rapport à la langue dont on pense qu’il est dérivé.

Du coup, si l’on suivait cette logique, l’anglais serait un dialecte scandinave (=du Danemark), le français un dialecte romain et le vietnamien un dialecte chinois…

Bonne chance à qui essayera de le faire admettre à ceux qui parlent ces langues !

Si le corse est dialecte de l'italien par ressemblance, alors le vietnamien, un dialecte chinois

Sur le plan scientifique/linguistique, « il n’existe pas de critère universellement accepté permettant de distinguer un dialecte d’une langue ».

« Une connotation positive est attachée au terme de « langue » tandis que « dialecte » est considéré plus négativement »

La distinction entre les deux est donc purement subjective.

 

ALORS… LANGUE CORSE, OU DIALECTE ?

Maintenant que nous avons planté le décor, il est plus facile d’imaginer pourquoi il existe différents avis sur le statut de la langue corse.

Laissons donc de coté toutes les arguments qui n’ont aucun rapport avec la linguistique (ethniques, émotionnels, politiques…) pour nous concentrer sur le volet social et linguistique.

Nous avons vu plus haut que les critères pour différencier langue et dialecte ne sont pas clairement définis.

Cependant, ceux qui se posent la question pensent en général au lien (supposément hiérarchique) entre la « langue » et ses « dialectes ». Une langue étant plus utilisée, on pense qu’elle a influencé ses voisines, moins utilisées.

On parle parfois en linguistique de « langue mère ».

Mais les langues ne fonctionnent pas comme une pyramide. Il est plus courant de représenter les liens entre les langues sous la forme d’un arbre « généalogique » pour mieux comprendre leurs « relations familiales ».

Dans la suite de l’article, nous verrons que certaines façons de parler corse (on pourrait dire  « certains dialectes du corse ») sont très proches de l’italien, notamment dans leur grammaire et leur vocabulaire. Cela ajoute évidemment à la confusion : nombreux tirent la conclusion que l’italien – langue plus utilisée que le corse, en est donc la langue mère.

Est-ce vraiment le cas?

 

TOUTES LES LANGUES NAISSENT LIBRES ET ÉGALES (EN DIGNITÉ ET EN DROITS)…

 

Beaucoup pensent que si le corse est aussi proche, c’est qu’il est forcément dérivé de l’italien.

Sauf que l’italien est arrivé bien plus tard. Et on ne peut pas être plus âgé que ceux qui sont nés avant nous… pas plus en généalogie qu’en linguistique.

Les langues et la généalogie : de nombreux points communs

Bien sûr qu’il est plus facile d’apprendre le corse pour un italophone, grâce aux points communs entre ces deux langues. Mais cela ne fait pas du corse un dérivé de l’italien.

Parenté ne signifie pas forcément filiation. Le corse n’est pas plus un dialecte de l’italien que de l’espagnol, du sicilien ou du français.

Pour ceux qui préfèrent le mot « langue », alors toutes ces langues sont des langues latines.

Le mot « dialecte » ayant tendance à créer une hiérarchie entre les langues, l’important est simplement de rester cohérent : on pourrait aussi les considérer TOUTES comme des dialectes du latin, puisqu’elles sont toutes dérivées du latin – au même titre que le roumain, le catalan, le portugais, le sarde, l’occitan, et bien d’autres.

 

« LE CORSE, DIALECTE DE L’ITALIEN »

Une croyance très répandue. Il y a pourtant de nombreuses différences entre le corse et l’italien, tout comme il y a de nombreux points communs entre ces deux langues.

Mais les mots arrivés après (les « emprunts »), même s’ils sont nombreux (un peu comme les feuilles d’un arbre), n’ont pas remplacé le tronc.

Pour mettre les choses en perspective : plus de la moitié des mots de l’anglais sont d’origine latine.

Cela ne fait pas de l’anglais une langue latine.

L’italien a 88% de vocabulaire en commun avec le français. Et on ne dit pas que l’une est dialecte de l’autre.

On ne peut pas analyser une langue seulement au travers de son vocabulaire.

L’italien peut être assez facile à comprendre à l’écrit, pour un francophone par exemple. Mais les systèmes de son de ces deux langues sont trop différents pour qu’un francophone « monolingue » puisse comprendre sans problème l’italien parlé.

La langue corse est souvent très proche des autres langues latines. Mais elle se rapproche parfois aussi de langues plus éloignées, comme l’anglais.

Pour ne citer qu’un exemple : le mot anglais « street » est plus proche du mot corse « stretta », que du mot français « rue ».

Les humains échangent les mots plus facilement que les pokémons.

Toutes les langues empruntent des éléments les unes aux autres. Le français emprunte notamment beaucoup à l’anglais depuis plusieurs décennies. C’est le cas en particulier dans les domaines des sciences, de la recherche et des nouvelles technologies : « internet », « smartphone », « email »… ne sont que quelques exemples de mots utilisés au quotidien aujourd’hui, dans la langue de Molière.

Mais même si l’on parlait tous un franglais parfait à la Jean-Claude Van Damme, le français resterait une langue latine. Les emprunts ne remplaceront pas la racine.

 

LE CORSE EST-IL UN DIALECTE ?

Si le corse est un dialecte, alors il faut préciser : un dialecte de quoi?

Selon plusieurs théories, toutes les langues devraient être liées entre elles. Comme les membres de notre espèce : si nous avons un ancêtre commun, alors nos langues aussi.

 

« LE CORSE, DIALECTE DU FRANÇAIS »

Alors, le corse est-il un dialecte du français?

Impossible : l’influence francophone est bien trop récente dans l’histoire de la langue corse pour le considérer comme base de celle-ci.

Petit rappel historique : la Corse est devenue française politiquement en 1769, après 2000 ans d’influence principalement latine.

Le français a ensuite mis plus de 100 ans avant de commencer à être réellement utilisé par la population de l’île. La langue de Molière n’a finalement pris le dessus qu’à partir des années 1950, avec l’arrivée notamment de la télévision. Avant cela, le CORSE était la langue du quotidien sur l’île.

Le corse ne peut donc pas être un dialecte du français.

 

LE CORSE SERAIT-IL DONC VRAIMENT UNE LANGUE ?

Mais il y a bien un lien entre toutes ces langues. La question est : quel est ce lien? Jetons un oeil à cet “arbre généalogique” des langues.

L’arbre genealogique des langues ressemble à quelque chose comme ça (source : Minna Sundberg/The Guardian)

L'arbre généalogique des langues indo-européennes

L’arbre généalogique des langues indo-européennes

Le corse et le sarde apparaissent juste avant le roumain (“Romanian”) – une autre langue latine.

Le corse et l’italien ne sont donc pas mère et fille, mais ces deux langues sont bien de la même famille. Leur ancêtre commun, la langue parlée par Jules César : le latin.

 

LE CORSE : UNE LANGUE LATINE COMME LES AUTRES ?

Le corse est en fait une langue très ancienne. Si ancienne que certains mots n’ont pratiquement pas changé depuis l’époque des romains.

D’autres mots nous font même remonter le temps encore plus loin, jusqu’à l’époque pré-romaine (appelés « substrats pré-latin » pour les puristes et mes camarades ex-étudiants linguistes 😉 ).

La linguistique permet justement d’observer et d’expliquer l’évolution d’une langue à une autre – comparable parfois à celle des espèces.

Les linguistes parlent souvent de la proximité entre l’italien et le latin, l’italien étant considéré comme la langue la plus proche du latin… Sauf si l’on prend en compte également les langues non-officielles, comme le corse et le sarde par exemple (voir l’arbre généalogique des langues ci-dessus).

Alors, si nombreux considèrent encore le corse comme un dialecte de l’italien, c’est lié notamment aux fortes ressemblances avec certains mots corses.

Et nous l’avons dit : ce n’est pas parce que deux mots se ressemblent que les deux langues sont automatiquement parentes, ou dérivées l’une de l’autre. Pour mieux comprendre les liens entre les langues, il faut en fait connaître quelques règles de linguistique.

 

LE CORSE VIENT DU LATIN

Le corse vient en fait directement du latin. C’est très facile à vérifier si l’on prend certains mots masculins, comme le mot cheval par exemple :

  • Caballus (latin)
  • Cavallu (corse)
  • Caballo (espagnol)
  • Cavallo (italien)
  • Cheval (français)

La règle est simple ici : plus le mot est différent, plus il a évolué depuis sa racine.

(NB: Comme pour les animaux par rapport à leurs ancêtres, certains évoluent plus vite que d’autres.)

Son évolution est influencée notamment par l’éloignement géographique, et le nombre d’utilisations.

Pour simplifier, un mot (comme un objet) évolue davantage si on l’utilise beaucoup.

Autrement dit, plus un mot est utilisé, plus son apparence change.

Les mots corses ont moins changé depuis le latin car ils sont moins utilisés que les mots italiens ; le nombre de personnes parlant italien étant plus important.

 

La langue corse s’est donc moins éloignée de ses racines latines que la langue italienne.

Arbre généalogique : le corse, langue dérivée directement du latin

Le corse, langue dérivée directement du latin

Pour l’analyse linguistique : le mot italien « cavallo » est plus éloigné du latin (« caballus ») que le mot corse « cavallu ». Le mot corse n’a subi que 2 transformations depuis l’époque romaine (=transformation du B en V, et disparition du S), alors que le mot italien en a subi 3 (le U s’est également transformé en O).

Sans rentrer trop dans les détails ici (un sujet passionnant pour les amoureux de linguistique 🙂 ), il faut simplement savoir que ce type de transformation est très courant entre ces langues.

Selon les règles de prononciation de ces langues, l’évolution du mot corse a réellement été minimale pour ce mot.

La question qui vient ensuite est simple : plus de gens parlent français et italien que corse, donc finalement, pourquoi se poser ces questions compliquées? et pourquoi apprendre le corse aujourd’hui?

 

À QUOI SERT LE CORSE ?

Il existe de nombreuses raisons d’apprendre une nouvelle langue. Il y a donc de nombreuses raisons d’apprendre le corse.

À quoi sert le corse?

Il a bien sûr de l’importance pour ceux qui l’utilisent – langue maternelle ou non.

Qu’ils s’expriment uniquement en corse, ou bien qu’ils alternent entre français et corse par exemple.

Chaque langue ou dialecte possède bien sûr ses propres mots. Mais chacune possède aussi son propre système de sons (autrement dit : l’accent, la mélodie de cette langue), ainsi que sa propre structure (=ordre des mots, conjugaisons, etc.).

Ce sont ces éléments qui permettent de faire le pont entre une langue et une autre.

Par exemple, le système de sons de la langue corse est souvent superposé au français parlé sur l’île.

C’est ce qu’on appelle « l’accent corse ».

Au risque de briser un mythe, j’en profite d’ailleurs pour préciser : le « vrai » accent corse est très différent de l’accent marseillais 🙂

La confusion entre ces deux accents vient probablement du fait que de nombreux corses vivant à Marseille ont pris l’accent marseillais. Lui même influencé par… la langue d’oc (appelée également « occitan » ou « provençal »).

 

À QUOI SERT LE FRANÇAIS ?

Demander à quoi sert une langue en la comparant à une autre est risqué : si certains voient le corse comme inutile face au français, d’autres voient le français inutile face à l’anglais.

À quoi sert le français ?Si beaucoup se sont posés la question « pourquoi apprendre le corse plutôt que le français? », d’autres commencent à se demander « pourquoi ne pas plutôt apprendre le chinois ou l’anglais directement ? »

Raisonner en nombre de locuteurs donc est un jeu dangereux. Un jeu qui peut faire de nombreux perdants.

Ceux qui parlent la langue savent à quoi elle leur sert, qu’ils soient corsophones, francophones, anglophones ou autre.

Nelson Mandela l’avait bien compris : « Parlez à un Homme dans une langue qu’il comprend, cela va dans sa tête. Parlez lui dans sa langue, cela lui va droit au coeur. »

Si vous avez déjà vu s’illuminer le visage de quelqu’un après avoir fait l’effort de parler sa langue, la question ne se pose pas pour vous. L’impact est évident, le résultat immédiat, tout comme le sens de la phrase de Mandela.

"Quand on parle à un Homme dans une langue qu’il comprend, cela va dans sa tête. Quand on lui parle dans SA langue, cela lui va droit au coeur." (Nelson Mandela)

Si vous souhaitez entretenir une bonne relation avec quelqu’un, faire des efforts semble normal. Et cela fera d’autant plus plaisir si la langue de votre interlocuteur n’est pas l’une des plus parlées, l’une de celles qu’on est forcés d’apprendre.

Bien sûr, vous pouvez parler anglais en Pologne, au Mexique ou en Chine, mais vous ne vivrez pas la même expérience que si vous y parlez polonais, espagnol ou chinois.

Apprendre quelques mots dans une nouvelle langue peut être un investissement à très long terme pour de meilleures relations entre les hommes et les peuples.

À l’inverse, ne faire aucun effort peut s’avérer catastrophique.

Tout langue mérite donc qu’on s’y intéresse. Que ce soit d’un point de vue scientifique / linguistique ou social / humain.

 

DO YOU SPEAK CORSICAN ?

Une langue sert à communiquer. Comprendre l’anglais permet par exemple de mieux comprendre le point de vue des anglo-saxons.

De la même manière, comprendre quelques éléments de corse permet de mieux communiquer avec les gens qui ont grandi au contact de cette langue.

Personne ne conteste à l’heure actuelle qu’une langue est porteuse de culture. L’Académie Française ne dira pas le contraire en tout cas.

Les membres de l'Académie Française défendent la langue, pilier de la culture française

L’Académie française défend la langue, pilier de la culture française

Pour ses défenseurs, la langue corse est donc un pilier majeur de la culture corse.

Mais ces arguments restant subjectifs pour beaucoup, voyons à quoi le corse peut servir d’un point de vue plus pragmatique.

Cela nous amène à une autre question :

 

À QUOI SERT LE LATIN ?

Parmi les universitaires et les scientifiques, personne ne remet en cause l’utilité du latin.

À quoi sert le latin ?

Il est bien sûr utile pour ceux qui ont besoin de comprendre d’autres langues – notamment latines (espagnol, italien, portugais, roumain…).

Mais il est aussi utile dans les domaines spécialisés.

Les mots du langage courant ne sont pas les mêmes dans la bouche d’un médecin par exemple : difficile pour un enfant de comprendre le lien entre « hépatite » et « foie » uniquement en lisant ces mots…

…à moins de parler latin, ou une langue latine.

Si les mots anglais « cardiac », « pulmonary » et « renal » sont plus difficiles pour un anglophone que pour nous francophones, c’est grâce au latin – gravé dans la langue française.

Car le latin est allé bien plus loin que les rives de la méditerranée. Il a notamment servi de pont entre les experts et élites européens jusqu’au dix-huitième siècle .

La langue des romains a particulièrement influencé l’anglais par exemple, qui compte aujourd’hui près de 60% de mots d’origine latine, ou de langues dérivées de celle-ci.

L'origine des mots anglais : 29% latine, 29% française, 26% germanique

L’origine des mots anglais

Le latin a donc laissé des traces non seulement dans les langues germaniques et slaves, mais également sur tous les autres continents, avec l’influence des empires européens – qui a duré jusqu’aux environs des années 1950-60.

Le seul problème du latin : c’est une langue morte.

À quelques rares exceptions près, personne ne l’utilise chez soi ou dans la rue. Il ne se transmet pas de mère en fils, et personne ne suit l’actualité en latin.

On peut bien sûr l’apprendre dans les livres, mais c’est justement ça son problème : son système de sons a été oublié. À force de le transmettre principalement à l’écrit, nombreux se demandent comment on est censé prononcer le latin correctement.

 

COMMENT PRONONCER LE LATIN ?

Pour tous ceux qui apprennent le latin par choix, c’est une question primordiale. Apprendre une langue est d’abord quelque chose de naturel, de vivant et de sonore.

Apprendre une langue uniquement en la lisant ne suffit pas pour tenir une conversation.

L’écriture n’est qu’une tentative de reproduction des sons sous forme visuelle. Donc il est plus difficile de passer de l’un à l’autre quand l’un des deux a disparu…

Mais cette question de la prononciation du latin n’est pas un problème pour ceux qui maîtrisent le système de sons du corse.

 

APPRENDRE LE LATIN… GRÂCE AU CORSE

Que ce soit pour la double prononciation de certaines consonnes, ou pour la prononciation correcte de certains mots courants ou scientifiques ; tout coule de source pour ceux qui savent prononcer la langue corse.

Les mots corses sont même parfois tellement proches du latin, il suffit simplement dans certains cas d’enlever la dernière consonne du mot latin pour obtenir le mot corse (une bonne astuce pour ceux qui apprennent le corse et qui cherchent parfois leurs mots 😉 ) :

Pour se rendre compte à quel point le corse est resté proche de ses racines, jetons un oeil aux mots masculins suivants :

Évolution de mots latins masculins

 

Certains mots (notamment féminins), ne subissent aucune modification :

Évolution de mots latins féminins

 

Pour finir, voici quelques mots courants ou scientifiques :

Évolution de mots latins (courant et scientifique)

*Pareil avec  « minimum » ou encore « géranium » : en français, les mots en « um » sont des exceptions. On notera qu’ils ne suivent pas les règles habituelles de prononciation (du latin ou du français).

En règle générale, le système de sons du français s’est énormément éloigné de celui du latin : « calcium » se prononce « kàltchoum » en latin).

NB : Pour ceux qui apprennent le corse, attention à ne pas confondre « calciu » avec « calciu / carciu » (= le coup de pied).

De même pour « foru », à ne pas confondre avec « fornu / forru » (= le four).

(source: Dictionnaire U Muntese)

 

LA RICHESSE DU CORSE

Le corse possède donc une richesse immense grâce à la conservation de ces influences antiques. Une richesse parfois insoupçonnée des corsophones eux-mêmes.

C’est une langue tellement riche de variété que malgré la taille de l’île certains locuteurs ont du mal à se comprendre entre eux.

Il y a seulement quelques dialectes du corse, comme le bonifacien ou le roglianais, qui ont eu la chance d’être étudiés plus en profondeur.

Carte de la corse montrant le trajet entre Bonifacio (extrême sud) et Rogliano (extrême nord)

La route entre Bonifacio et Rogliano

Mais encore trop peu d’études et de comparaisons ont été réalisées – et encore moins diffusées – pour que l’on puisse réaliser toute la richesse de cette langue.

Seul internet permet aujourd’hui de communiquer plus largement et rapidement, mais il y a encore beaucoup à faire.

Sur la richesse du corse, le Dr A. Mattei écrivait au Prince Louis-Lucien Bonaparte en 1867 :

« Les proverbes sont le monument le plus antique d’une langue et son code le plus vieux. »

« Si des proverbes que nous avons en corse existent dans d’autres contrées, rares sont les peuples qui en ont davantage […] »

 

DES PONTS ENTRE LES LANGUES, DES PONTS ENTRE LES HOMMES

Le corse peut donc servir de pont entre de nombreuses langues :

Les mots d'origine latines en anglais, roumain, français, italien et corse

Les mots d’origine latine dans les langues européennes

  • Son vocabulaire possède plus de 50% de mots en commun avec de nombreuses langues européennes.
  • Son système de sons possède des points communs avec l’italien, le sarde et le sicilien notamment pour le corse parlé au sud, ainsi que l’espagnol pour le parler du nord.
  • Sa grammaire a aussi des points communs avec ces langues, en plus de ses propres particularités – que l’on retrouve dans le français parlé en corse :

« Tu l’as vu à Antoine ? » (= « L’hai vistu à Antonu ? »)
« Mets toi les scarpes* » (= « Mettiti i scarpi »)
« Tu le connais à lui ? » (= « U cunnosci à eddu ? »)

Ce type de mélange existe pour toute langue au contact d’une autre. Les fameux “corsicismes” interdits à une époque ne sont en réalité qu’un phénomène (linguistique) naturel.

Toutes les langues empruntent à leurs voisines un peu de vocabulaire, de grammaire ou de prononciation. C’est ce qui permet de créer de nombreux ponts entre elles.

Et tout comme le franglais aide les francophones à passer du français à l’anglais, ceux qui parlent quelques mots de corse (ou de francorsu) à leur bébé lui rendent la tâche plus facile pour qu’il apprenne une nouvelle langue plus tard.

Que ce soit en absorbant quelques éléments de culture ou de structure ; quelques mots ou simplement quelques sons.

(*A scarpa : la chaussure)

 

« CETTE PETITE ÎLE ÉTONNERA L’EUROPE »

Beaucoup d’italiens considèrent les corses comme « des italiens comme les autres », et ont souvent du mal à comprendre le point de vue français.

Nous irons donc plus loin, en parlant notamment du point de vue italien dans la deuxième partie de l’article.

J’expliquerai aussi comment ce sujet très sensible m’a attiré les foudres d’un ami sicilien sur les réseaux sociaux 🙂

Enfin, nous verrons comment un linguiste corse pourrait avoir trouvé la solution pour la reconnaissance de nombreuses langues aux quatre coins du monde, avec un concept qui pourrait bien mettre fin au débat langue / dialecte.

 

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Stéphane Bassani

About Stéphane Bassani

Professeur et formateur en langues, fondateur de la méthode SLT.

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