Le corse, langue à la géographie en apparence bien définie, possède de nombreuses variantes régionales aux influences diverses. Certaines de ces variantes se sont développées avec l’exil de nombreux Corses en Sardaigne, où la langue corse y serait plus utilisée qu’en Corse même.

Mais la diaspora corse a également atteint de nombreux autres endroits, dans l’hexagone, en Italie, et jusqu’à l’île de Porto Rico, où l’on compte autour de 500 000 descendants de corses.

Au total, ce sont donc plus d’un million de locuteurs potentiels,  capables de s’exprimer et de comprendre non seulement le corse, mais aussi en partie les langues les plus proches comme l’italien bien sûr, ainsi que l’espagnol ou le portugais.

La question du bilinguisme est au coeur des débats depuis longtemps, avec un soutien grandissant tant pour l’ouverture qu’il apporte sur le monde, que pour la volonté de se réapproprier une langue et une culture qui ont toujours été le fruit de cette ouverture.

Portrait de Pascal Paoli

Pascal Paoli

La position centrale dont la Corse jouit en Méditerranée en ayant fait de tous temps un véritable melting pot, point de chute pour les héritiers de nombreuses cultures différentes, de toutes les rives de la Méditerranée : carthaginois, étrusques, phéniciens, grecs, romains, pisans, génois ont notamment influencé la Corse au travers de son histoire.

Les relations avec l’extérieur ont également toujours été très fortes, que ce soit avec l’Empire Ottoman au temps de Sampiero Corso, ou l’Empire Britannique au temps de Pascal Paoli, lui même influencé par son exil napolitain.

Véritable trésor archéologique, la langue corse est encore plus proche du latin que l’italien. Son histoire mouvementée et sa géographie faite de vallées enclavées, de montagnes escarpées, de torrents de montagne meurtriers, entourée de tempêtes tout droit venues d’une odyssée grecque lui ont permis de conserver pratiquement intacts de nombreux mots latins; faisant ainsi de cette langue un outil exceptionnel pour les linguistes.

Mais ces caractéristiques permettent également à ceux qui maîtrisent la langue corse d’aborder plus facilement, non seulement les autres langues latines (ou à influence latine), mais également des langues plus éloignées, dont elle se rapproche par le fonctionnement de sa structure et la conservation de certaines subtilités, déjà disparues dans les autres langues d’Europe occidentale.

En plus de sa proximité avec la langue des empereurs romains, la langue corse possède encore de nombreux mots issus de substrats pré-latin. Leur l’origine est pour l’heure encore très discutée, tant les documents se font rare au fur et à mesure que l’on remonte le temps.

Route des sanguinaires, golfe d'Ajaccio

Route des sanguinaires

On retrouve dans les paroles des chansons corses, ainsi que dans cette façon de chanter et d’harmoniser les voix si particulière, ces témoignages d’un autre temps, riche d’anachronismes et de surprises, tant par sa singularité que par son universalisme – l’une des principales constantes de son histoire.

Du carrefour de l’antiquité au lieu de villégiature de la jet-set mondiale, en passant par les visites de nobles britanniques, d’explorateurs génois, d’écrivains grecs, d’aventuriers écossais ou de sa libération précoce lors de la seconde guerre mondiale – la transformant en véritable base navale pour les américains ; la Corse a toujours suscité un grand intérêt et fait couler beaucoup d’encre, que ce soit par ses détracteurs ou par ses amoureux.

Apprendre la langue corse donc est un bon moyen pour commencer à percer les mystères de cette île, dont Rousseau disait avoir le pressentiment qu’elle étonnerait un jour l’Europe…