La Corse et ses pays amis : quel avenir pour les langues non-officielles ?

By 26 octobre 2017 octobre 30th, 2017 Corse, Langues
Quel avenir pour les langues non-officielles ?

Dans un précédent article, intitulé « Le corse : langue ou dialecte ? », nous avons répondu à de nombreuses questions sur le corse et son lien avec d’autres langues : le latin, le français, le roumain ou encore l’anglais.

Aujourd’hui, nous allons découvrir le point de vue italien, très différent, sur le sujet des langues non-officielles.

Puis nous parlerons de l’avenir de ces langues, et de comment un linguiste corse a peut-être trouvé la clé pour la sauvegarde et la reconnaissance de milliers d’entre elles aux quatre coins du monde.

 

LA QUESTION « LANGUE OU DIALECTE ? » DIVISE AUSSI LES LANGUES NON-OFFICIELLES

 

Cette question est loin d’être simple, et la réponse loin d’être objective. Comme nous l’avons vu dans le premier article sur le sujet, elle peut être liée à de nombreux critères, qui varient selon les individus :

  • lien émotionnel (ou pas) avec la langue en question
  • intérêts politiques
  • pseudo arguments d’autorité
  • mauvaise maîtrise du sujet

…font partie des éléments qui guident les différentes réponses.

Mais derrière cette question, s’en cachent beaucoup d’autres, comme nous l’avons vu dans la première partie… et ce n’est pas fini :

 

UN CORSE MET LE FEU AUX POUDRES…

Mes principales sources d’information sont sur internet. C’est là que j’ai l’habitude de m’informer en plusieurs langues, depuis plus d’une dizaine d’années.

Le mois dernier, j’étais sur un groupe Facebook que je fréquente régulièrement. On y parle des liens entre la Corse et l’Italie, qui compte de nombreuses langues non-officielles.

Le sujet du jour était la langue corse, nous n’étions pas d’accord, et ce jour là, les raisons de ce désaccord me sont apparues comme plus profondes :

On utilisait les mêmes mots, mais on ne leur accordait pas le même sens.

Quand j’expliquais comment le corse ne pouvait pas, scientifiquement, être dialecte de l’italien, on me répondait que les corses étaient arrogants avec leur « langue », et qu’ils avaient tort de la croire unique en son genre.

Des gens venant de diverses régions d’Italie étaient persuadés que le corse ne pouvait être rien d’autre qu’un dialecte de l’italien.

Une croyance très répandue, comme nous l’avons vu dans l’article précédent.

Mais derrière ces mots, se cachait une incompréhension qui dépasse largement le cadre scientifique dont nous avons parlé. Et un quiproquo fabuleux semblait nous enfermer dans l’incompréhension mutuelle

Et comme tout quiproquo digne de ce nom, il a duré assez longtemps pour créer une belle confusion.

Mon commentaire en corse sur la « langue » corse avait mis le feu aux poudres.

 

SICILIA VS CORSICA

J’affirmais que le corse venait du latin et non de l’italien, et je montrais la différence entre ces langues.

Mais mes cousins italiens pensaient que je reniais toute parenté entre le corse et les langues d’Italie.

C’est là qu’intervient notamment Lucky – que je salue chaleureusement s’il lit ces lignes 😉

Voici son commentaire, pour le moins passionné (en sicilien dans le texte) :

Commentaire en sicilien, une langue non-officielle

Pour résumer, j’y comprends que Lucky est vexé : la moitié de son commentaire me rappelle que le « U » final existe aussi en sicilien. Il me dit qu’en Sicile on parle moins italien qu’en Corse, puis me demande si les siciliens, qui utilisent aussi le « U » à la fin des mots, ne sont donc pas italiens. La même question m’est posée une deuxième, puis une troisième fois, marquée de trois points d’exclamation 😮

(NB : ne parlant pas sicilien, je n’ai compris que 95% du commentaire. Si vous parlez sicilien et que vous voyez un contresens, merci de me laisser un commentaire 😉 )

Cela n’a heureusement pas duré 🙂 J’ai expliqué que mon intention n’était pas d’opposer les langues entre elles, ni d’en déclarer une supérieure à une autre. Lucky était rassuré, nous étions ému, et comme deux vieux amis après une dispute, nous avons pu faire la paix 🙂

Deux amis se réconcilient : Astérix et Obélix

Deux amis se réconcilient après une dispute

ALORS POURQUOI CE DÉSACCORD ?

Une langue est d’abord un outil de communication. Mais c’est aussi quelque chose de très personnel, voire intime.

L’émotionnel prend donc parfois plus de place que le rationnel, ce qui influence parfois notre perception du sens des mots.

Essayons donc maintenant comment les italiens perçoivent et utilisent le mot « dialecte ».

SICILIEN, LIGURE, NAPOLITAIN… LES LANGUES NON-OFFICIELLES D’ITALIE

Nous l’avons vu dans la première partie : on peut qualifier de « langue » tout système (oral ou écrit) utilisé par les membres d’une communauté pour communiquer entre eux.

Cela inclut donc aussi bien le corse que le sicilien, le napolitain, le ligure, et des milliers d’autres langues non-officielles partout dans le monde.

Et pourtant, une recherche en français sur la question du ligure ne donnera pas les mêmes résultats que si la recherche est effectuée en italien ou en anglais. Chacun a son propre point de vue.

Pourquoi donc certaines de ces « langues » sont parfois appelées « dialectes », y compris par ceux-là mêmes qui les parlent ?

Qu’est-ce qui motive cette confusion – parfois réelle, et parfois créée de toutes pièces?

C’est ce que nous allons voir maintenant, afin de mieux comprendre la réaction de Lucky, et de bien d’autres.

Celle-ci trouve ses origines dans l’histoire commune de la Corse, de la Sicile et des autres régions italiennes.

 

LE CORSE ET SA FAMILLE DE LANGUES : LES PAYS AMIS HISTORIQUES

 

Pour comprendre les spécificités du corse, il faut d’abord comprendre le monde dans lequel la Corse a évolué durant la majeure partie de son histoire : le monde italo-roman.

Les langues non-officielles italo-romanes

POURQUOI TOUS LES DIALECTES NE SONT-ILS PAS DES LANGUES ?

Pourquoi pas ? Mais le point de vue des italiens est radicalement différent vis à vis de leurs langues non-officielles.

Car la question « langue ou dialecte ? » n’est pas autant imprégnée de politique chez eux. Les langues non-officielles ont donc une place plus confortable en Italie.

Ces langues sont parfois très proches entre elles, car elles font partie d’une famille de langues commune. Celle qui regroupe aussi les différentes variétés du corse.

C’est justement de ces variétés que naît la confusion en général. Ceux qui affirment que le corse est dérivé de l’italien ne sont pas complètement fous. Ils manquent simplement de précision :

 

ON DIT « LE CORSE », MAIS Y A-T-IL UNE SEULE LANGUE CORSE ?

« LE corse » n’est pas unifié. Il possède de nombreuses variétés. Il en existe tellement que l’on n’a pas encore fini de toutes les étudier et les classifier.

En les regroupant en grandes familles de parlers, on en compte en général 2 à 4.

Ce sont à celles-ci que nous ferons référence ici. Il s’agit donc de savoir de quelle variété on parle.

L’une d’entre elles, très répandue, est plus proche de l’italien : u cismontincu.

Elle correspond au corse parlé par exemple à Bastia ou à Corté.

Cette variété a été diffusée davantage. Cela a donc aidé à mettre en valeur ses points communs avec l’italien. Elle est mieux représentée notamment dans les médias de l’île.

Les corses ne sont pas italiens du point de vue politique et institutionnel évidemment. Mais ils le sont d’un point de vue linguistique. La langue corse faisant partie de la même famille que la langue italienne.

 

QU’EST-CE QUE « L’ITALIEN » ?

Toutes les variétés du corse sont bien sûr dérivées du latin. Mais depuis l’empire romain, d’autres influences sont apparues.

L’importance de ces influences ainsi que leur provenance varient selon les parlers : le corse parlé dans la région du Cismonte par exemple, plus proche de l’Italie, a beaucoup été influencé par l’italien.

Le corse cismontincu, variété très répandue

Ou plutôt : par la langue qui allait servir de base à l’italien. Il faut bien comprendre cette nuance, car c’est là que se joue justement la différence de point de vue entre français et italiens sur la question « langue ou dialecte ».

 

L’ITALIE : UN PAYS RÉCENT

 

La France est un vieux pays : certains définissent sa date de naissance au 5è siècle, à l’époque de Clovis.

Mais ce n’est pas le cas de tous les autres pays. L’Italie, elle, est née en 1870. Il y a moins de 150 ans.

Avant, il n’y avait pas une seule « Italie », mais plusieurs états, plus petits.

Chacun avait :

  • sa propre histoire
  • sa propre culture
  • son propre gouvernement
  • ses propres alliés

et donc… sa propre langue.

Certains étaient des républiques, d’autres étaient dirigés par des rois, et d’autres encore par le Pape.

L'Italie au 16è siècle

L’Italie au 16è siècle

Et comme souvent dans l’histoire de l’Europe, les frontières ne restaient pas longtemps en place…

On note cependant des états qui ont duré plus longtemps que d’autres, et qui ont eu une influence et un pouvoir plus importants.

La Sérénissime Répubblique de VeniseC’est le cas par exemple de la « Serenissima » République de Venise, dont voici la carte :

Comme on peut le voir ici (en rouge), son influence s’étendait sur une large partie des rives de la Méditerranée.

Mais ce n’était pas la seule. Une autre République maritime est bien connue des corses, puisque leur île en a fait partie pendant à peu près 5 siècles :

C’est la République de Gênes. Elle aussi très bien connectée (en violet et mauve sur la carte).

La République de GênesChacun de ces états avait donc sa propre langue. Une langue parlée au quotidien par la population.

Mais si cette langue était parlée, elle n’était pas forcément écrite.

Ceux qui écrivaient étaient d’ailleurs peu nombreux : il n’y avait ni imprimeurs, ni photocopieurs à l’époque. Encore moins de blogs ou de pages Facebook…

Ces langues ont donc longtemps été considérées comme « dialectes ». Y compris par ceux qui les parlaient.

 

UNE LANGUE NON-OFFICIELLE QUI GAGNE EN PRESTIGE

 

C’est Dante qui va commencer à « unifier » linguistiquement les peuples de la péninsule italienne au 13ème siècle, en rédigeant la fameuse Divine Commédie. Il est florentin, il écrit donc en toscan.

Sur ses traces, d’autres de ses compatriotes participeront à la diffusion du toscan grâce à leur talent. Parmi eux notamment : Pétrarque et Boccace.

Le toscan est une langue écrite par les gouvernants et les lettrés dans le monde italo-roman, un peu comme le latin dans l’antiquité. Elle sert aussi de pont entre les différents peuples et cultures.

 

Une langue non-officielle gagne en prestige et remplace le latin

Une langue qui a été adoptée volontiers car elle s’est « imposée » en partie par la littérature et les arts : la Toscane est notamment connue pour être le berceau de la Renaissance.

Cela va aider à donner une image de prestige au toscan. Jusqu’à ce qu’elle s’impose naturellement comme la langue de l’Italie unifiée, à la fin du 19è siècle.

 

LA CORSE SÉPARÉE DE SA FAMILLE

Les peuples d’Italie s’unissent donc en 1870 pour ne former qu’une seule entité, politique et linguistique. Mais un siècle plus tôt, la Corse avait été séparée de cet ensemble politiquement.

La Corse et sa langue avaient « grandi » au sein de la famille des langues italo-romanes. Elles se retrouvent « adoptées » de force en 1769 par l’armée de Louis XV.

Loin de ses langues soeurs et cousines, la Corse et sa langue se retrouvent donc au sein de cette nouvelle famille « adoptive ».

C’est ainsi que la langue Corse va commencer une nouvelle histoire, et connaître un destin différent des autres langues non-officielles de la péninsule italienne, comme le sicilien.

Car la politique linguistique de la France est très différente de celle de l’Italie.

Ce n’est pas par arrogance que les corses veulent défendre et faire reconnaître leur langue corse.

Ce n’est pas, chers amis italiens, pour se différencier de ses soeurs et cousines : c’est par instinct de survie.

Selon Romain Colonna, en 1915, 85% des familles transmettaient le corse à leurs enfants. En 2015, c’est seulement 2%.

Les langues non-officielles de France ont donc dû se protéger pour ne pas disparaître complètement, face à la tyrannie d’une seule langue.

Après Louis XV et XVI, la monarchie de droit divin laisse place à un empire colonial, qui durera jusqu’aux années 60, et qui laisse des traces encore aujourd’hui dans tous les territoires qu’il a occupé.

L'empire colonial français face aux langues non-officielles

L’empire colonial français

Les enfant corses étaient punis et stigmatisés lorsqu’ils parlaient corse à l’école. Cela était le cas notamment pour la génération du « baby boom », ayant grandi dans les années 1940-50.

NB : Le phénomène n’est pas limité à la Corse. Des punitions similaires existent dans d’autres territoires dominés par l’empire. C’est le cas par exemple dans certains pays d’Afrique francophone, où l’histoire de France est encore enseignée aujourd’hui, plus de 50 ans après leur décolonisation.

En Italie, les langues non-officielles sont moins menacées. Elles n’ont donc pas le même besoin de protection et d’affirmation de leur différence.

C’est ce qui fait que le point de vue italien est très différent. Le terme de « dialecte » n’est pas automatiquement péjoratif pour un italien. Un calabrais ne trouvera pas forcément insultant ou réducteur de parler lui-même de « dialecte calabrais ».

Pour une majorité d’italiens, et depuis des siècles, la situation est simple :

« La langue » désigne la langue écrite. C’est-à-dire le toscan : la prestigieuse langue de la Renaissance et de la littérature.

« Le dialecte » désigne la langue parlée : celle qu’on utilise avec ses amis, sa famille et les gens de sa région.

 

POUR RÉSUMER :

Si « le Corse » fait autant penser à l’italien, c’est que l’on a tendance à prendre en compte uniquement le corse cismontincu.

Celui-ci a été plus influencé par le toscan que les variétés du Sud, comme le taravais et le sartenais.

L’ensemble de ces variétés fait la richesse de la langue corse.

 

CHAQUE LANGUE EST UNIQUE

 

Un commentateur m’a dit récemment sur Facebook que les jeunes corses feraient mieux d’apprendre l’anglais que le corse.

Mais pourquoi ne pas apprendre les deux ? Pourquoi mettre les langues en concurrence ?

Au risque de plagier du Frank Michael, moi je dis :

Toutes, TOUTES, TOUTES les langues sont belles, et méritent qu’on apprenne à les connaître.

Le sujet est trop vaste pour que je commence ici à parler des bonnes raisons d’apprendre l’anglais, le corse, le russe, le maya ou encore l’hindi.

Je vais juste profiter de ces quelques lignes pour saluer mon nouveau prof de napolitain au cas où il lit ces lignes, et transmettre de sa part deux recommandations musicales : Gigi D’Alessio & Tony Palermo

Parmi les langues non-officielles : le napolitain

Le napolitain fait partie des langues non-officielles

UNE ATTITUDE POSITIVE

On peut décider de voir chaque langue comme un mur infranchissable. Mais quand on regarde de plus près, elles fonctionnent plutôt comme une colline : après quelques efforts au démarrage, on arrive en descente… et c’est un vrai régal ! (sans parler de la vue 🙂 )

Que ce soit pour le corse avec ses variantes, l’anglais avec sa prononciation, le russe avec sa grammaire, on peut décider de parler de complexité et de jeter l’éponge.

Ou bien on peut voir toute cette variété comme une richesse exceptionnelle, et une occasion de créer des ponts entre les langues et les cultures.

 

LE CORSE : UNE LANGUE RICHE, CAR POLYNOMIQUE

 

La richesse du corse méritera bien qu’on lui consacre un article à elle seule.

Aujourd’hui, nous allons simplement la résumer en un mot. Ou plutôt un concept, développé par le linguiste corse Jean-Baptiste Marcellesi dans les années 1980 : LA POLYNOMIE.

Les travaux de ce professeur (reconnus au niveau international) sont inspirés par son expérience de corso-francophone.

Mais le concept de polynomie pourrait bien être utile au delà des frontières de l’île de beauté.

NB : Nous publierons bientôt une vidéo pour illustrer plus concrètement en images ce que ça signifie pour le corse

Pour l’instant, commençons par tenter de l’expliquer en quelques mots : une langue polynomique est une langue dont l’unité ne passe pas par l’imposition d’une norme unique.

Une langue peut exister en tant que telle, sans qu’une de ses variétés s’impose au détriment des autres.

Pour ceux qui se sont intéressés à la littérature en langue corse, l’intérêt de ce concept est évident : en ne suivant pas la même règle partout, on permet à chaque variété d’exprimer toute sa richesse et sa particularité.

Ce n’était pas le cas avant, puisque le toscan était la langue écrite.

La langue corse parlée n’a donc laissé que très peu de traces par le passé.

Le concept de langue polynomique est donc essentiel pour protéger et conserver les langues non-officielles, celles qui n’ont pas la possibilité (ou la volonté) d’imposer une seule norme sur tout un territoire.

Celles qui sont souvent plus anciennes, mais qui ont été transmises oralement de génération en génération.

Celles que l’on dénigre encore trop souvent à cause du nombre de leurs locuteurs…

Celles qui représentent plus de 95% des langues du monde

 

LE CORSE ET LES AUTRES LANGUES NON-OFFICIELLES

 

Astérix en CorseMême si la Corse est unique…

Même si elle fait partie de « ces endroits privilégiés du globe qui ont un caractère »…

…« une forte personnalité que, ni le temps ni les hommes n’arrivent à entamer »…

(Goscinny & Uderzo, éd. Dargaud)

…sa langue suit les mêmes règles que toutes les langues du monde.

Et la réalité décrite par l’adjectif « polynomique » est probablement partagée par des milliers d’autres langues, officielles et non-officielles, aux quatre coins du monde.

Si certaines de ces langues possèdent moins de 1000 locuteurs, d’autres en revanche sont parlées par plus d’un milliard de personnes.

D’AUTRES LANGUES POLYNOMIQUES ?

L’année de la création de notre premier site, lorsque Carlos m’a fait l’honneur de me rejoindre pour enseigner l’espagnol, nous avons longuement discuté.

L’un des thèmes de conversation était justement la polynomie.

Carlos est mexicain. J’ai donc été très surpris par son intérêt pour la langue corse : beaucoup d’américains ne connaissent même pas l’existence de cette petite île, et encore moins celle de sa langue.

J’étais loin d’imaginer que notre discussion allait nous apporter notre septième langue sur le site : la langue maya.

 

LES MAYAS : UN CALENDRIER, DES PYRAMIDES, UNE LANGUE

Carlos est basé dans les Caraïbes mexicaines. Pour certains, cela évoque les tropiques, des images de palmiers, un goût de tequila, un son de ukulélé ou de steeldrum.

Mais d’un point de vue scientifique, l’Amérique centrale est un véritable trésor pour les passionnés d’histoire, d’archéologie et de langues !

C’est là que la civilisation Maya s’est développée – et c’est de là que viennent les fameux calendriers. 🙂

Le maya faite partie des langues non-officielles

Calendrier maya

Outre les prédictions de fin du monde, les mayas étaient notamment de brillants astronomes.

Mais ils nous ont également transmis le basketball, ainsi que la culture de la tomate.

Si les romains et leur langue (=le latin) sont aux origines de notre civilisation ; les mayas et leur langue sont à l’origine de plusieurs civilisations américaines.

Comme l’explique bien Carlos : les mayas n’ont pas plus « disparu » que les romains.

Leur héritage est toujours présent chez ceux qui habitent maintenant les territoires où ils vivaient.

Et leur langue, très ancienne, fait bien sûr partie de cet héritage.

Autre point commun avec la langue du Professeur Marcellesi : si on mélange souvent corse et français sur l’île de beauté, les habitants de la région de Carlos* mélangent souvent maya et espagnol.

*Pour être plus précis : l’État du Yucatán

 

LA MÉTHODE SLT : 5 LANGUES OFFICIELLES ET 2 LANGUES NON-OFFICIELLES

C’est donc en parlant de tout ça que j’ai compris que Carlos était aussi maya que moi latin, et qu’il parlait la langue maya – que je croyais alors aussi éteinte que la langue des romains. 😮

Notre site s’est donc retrouvé avec une septième langue, la deuxième non-officielle 🙂

Mais le corse et le maya ne sont pas juste deux vieilles langues, qui se mélangent parfois avec celles introduites par des empires coloniaux.

Carlos m’a aussi montré, avec les mots de sa langue, comment le maya avait aussi toutes les caractéristiques d’une langue polynomique.

Car cette réalité est un phénomène linguistique naturel, lié simplement à l’évolution des langues.

Elle est simplement décrite différemment hors de la Corse, où le terme de « polynomie » est moins connu.

 

L’ANGLAIS : UNE LANGUE POLYNOMIQUE OFFICIELLE ?

Comme expliqué dans la première partie, l’anglais n’est pas aussi régulé que le français. Et on retrouve aussi certaines caractéristiques d’une langue polynomique dans la langue de Shakespeare.

Comparons donc les variations du corse à celles de l’anglais :

La plupart du temps, les mots sont en fait très proches entre deux variétés. En corse :

  • Le verbe VENE au nord mais VENA au sud
  • U PRETE au nord mais U PRETI au sud
  • U CAVALLU au nord mais U CAVADDU au sud
La variété des langues non-officielles

Exemples de polynomie : langues corse et sarde

Mais on parle ici du corse = une langue non-officielle, avec peu de locuteurs.

Voyons maintenant l’anglais, une langue reconnue dans 51 pays, avec un nombre de locuteurs estimé entre 1 et 1,5 milliard sur tous les continents :

  • REALIZE aux USA mais REALISE au Royaume-Uni
  • COLOR aux USA mais COLOUR au Royaume-Uni
  • CENTER aux USA mais CENTRE au Royaume-Uni

Ces mots sont très proches : souvent, seule l’orthographe change (nous parlerons des accents un peu plus bas).

Allons donc plus loin. Prenons maintenant l’exemple de mots qui n’ont rien en commun :

En corse, le mot « chien » se dit :

U CANE au nord mais U GHJACARU au sud.

Comment pourrait-on alors parler de « langue » avec de telles différences sur un mot aussi commun ?…

La réponse est simple : comme pour l’anglais.

En anglais, le mot « film » se dit :

MOVIE aux USA mais FILM au Royaume-Uni (si, si, c’est vrai…).

Les anglais ont donc une technique particulière pour s’y retrouver. Ils ont même un mot pour ça.

Un mot que l’on connaît bien à présent, c’est le mot « dialect ».

Nous avons vu deux utilisations de ce mot, une en France et une en Italie.

Il en existe une troisième chez les anglo-saxons : ils appellent « dialects » ce que nous appelons « accents ».

 

LANGUES, DIALECTES, POLYNOMIE… À QUOI ÇA SERT FINALEMENT TOUT ÇA ?

Comme toute réflexion : à avancer. La langue est intimement liée à la question de l’identité.

Autrement dit : la liberté d’être soi-même – c’est-à-dire différent des autres.

Des guerres civiles ont déchiré de nombreux pays, notamment en Europe : fascisme, nazisme, inquisition, font partie des extrêmes nés du manque d’acceptation de la différence et de la variété des identités.

Alors faire un petit pas vers l’autre pour essayer de le comprendre, c’est déjà faire un pas de plus vers la tranquillité à laquelle nous aspirons tous. Loin des considérations politiques ou religieuses.

 

« CORSE OU FRANÇAIS », « MAYA OU ESPAGNOL » : IL FAUT CHOISIR… OU PAS ?

 

Les langues nous permettent de créer des connexions. Malheureusement, elles ont souvent été opposées, au détriment des minorités linguistiques éloignées du pouvoir politique.

Détruire ces connexions, c’est arracher les racines mêmes de notre identité : il n’y aurait pas de français sans le latin, ni d’anglais sans les langues anglo-saxonnes.

À court terme, c’est une perte immédiate de lien entre les générations. À long terme, une perte d’une partie de notre patrimoine.

Chaque langue est un moyen d’exprimer la réalité perçue par ses locuteurs.

La vérité est comme un puzzle : il faut en assembler tous les morceaux pour bien la voir. Et chaque langue qui disparaît est une pièce du puzzle en moins.

95% du puzzle est constitué de langues non-officielles

95% des pièces sont des langues non-officielles

 

ALORS : RACINES OU MODERNITÉ, COMMENT CHOISIR ?

Ma réponse : pourquoi choisir ? Pourquoi ne pas plutôt chercher l’équilibre ?

Le problème est qu’on a longtemps pensé qu’il fallait choisir une seule langue :

  • entre le corse et le français
  • entre le maya et l’espagnol
  • entre le gaélique et l’anglais

On a longtemps justifié le monolinguisme par l’idée qu’une langue de plus prenait de la place en trop dans le cerveau et freinait l’esprit.

Et on commence tout juste à comprendre que c’est faux.

Le plurilinguisme est majoritaire sur cette planète, car l’Homme a besoin de communiquer et de créer des liens pour sa survie.

Certains dépassent même les 40, voire 50 langues apprises. Et on sait maintenant qu’avec les bonnes méthodes et outils, il est possible d’apprendre à parler une nouvelle langue en quelques mois, sans forcément vivre dans un autre pays.

Donc ne laissons pas les détails freiner le partage de nos idées, et ne nous limitons pas aux règles du passé pour construire notre avenir. 😉

 

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Stéphane Bassani

About Stéphane Bassani

Professeur et formateur en langues, fondateur de la méthode SLT.

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