Il parle corse en 3 mois – L’histoire d’Éric, premier élève à utiliser notre méthode avec la langue corse

Il parle corse en 3 mois

Aujourd’hui, j’ai une histoire exclusive à vous raconter. Elle parle de méthode, de langue corse, d’un enjeu énorme et d’un élève pour qui ça n’a pas été facile.

Il faut revenir en 2016. À l’époque, j’enseignais principalement l’anglais, j’étais seul, et il n’y avait ni site web, ni réseaux sociaux. Les nationalistes venaient d’être élus pour la première fois à l’Assemblée de Corse, et je me posais une simple question, qui est le point de départ de cette histoire :

LA MÉTHODE SLT EST-ELLE COMPATIBLE AVEC LA LANGUE CORSE ?

Nous sommes donc en septembre 2016. Je reçois un email d’Éric, la quarantaine, pour des cours de langue corse.

La méthode a déjà fonctionné avec 5 langues, pour lesquelles les résultats sont excellents : anglais, espagnol, italien, français et russe. Tous ceux qui l’ont appliquée ont atteint leur objectif en une moyenne de 3 mois.

À ce moment là, je n’ai pas eu d’élève en langue corse depuis plus de 2 ans, donc c’est loin d’être gagné d’avance. Mais cette année, je suis décidé : Éric sera le premier à appliquer la méthode avec la langue corse, qui deviendra notre 6è langue ? Je l’espère…

Je suis confiant, mais loin d’être certain des résultats : le corse est une langue non officielle, qui ne fonctionne pas comme les 5 autres langues.

Il faudra donc appliquer rigoureusement la méthode, pour voir si elle peut être compatible avec cette 6è langue. Le premier contact avec l’élève est crucial : je dois en savoir plus sur ses besoins et son niveau, pour lui proposer un programme adapté.

Il faut aussi le rassurer, répondre à ses questions, souvent proches de : « Qu’est-ce que c’est que cette méthode ? »

FIN SEPTEMBRE : LE COURS D’ESSAI

L’objectif d’Éric : pouvoir parler corse avec son fils, qui n’a pour l’instant qu’une expérience scolaire de cette langue.

Sa femme a grandi en Corse, mais ne le parle pas. Lui vit sur l’île depuis une vingtaine d’années.

Il n’a pas de webcam, et est très occupé. J’insiste pour le rencontrer à l’endroit qui lui convient, avec mon ordinateur portable. Nous faisons un cours “d’essai” au centre ville d’Ajaccio. Mais même avec un bon ordinateur, impossible d’effectuer l’évaluation orale ce jour là avec le bruit du bar et de la rue.

C’est souvent une évaluation décisive… mais nous devons la reporter. Malgré beaucoup d’appréhension au départ, Éric a vraiment envie d’apprendre. Il ne tirait pas grand chose du groupe de formation en langue corse qu’il avait rejoint : plusieurs mois de théorie, très peu de pratique, il cherchait une autre façon d’apprendre. Il s’emmêlait les pinceaux avec tous ces polycopiés :

  • plusieurs pages de conjugaisons régulières
  • d’autres pour les conjugaisons irrégulières
  • une autre listant tous les participes passés irréguliers
  • et tout un tas de données textuelles sur les variations Nord / Sud

En gros : un livre de grammaire sans la reliure… ?

Notre cours se passe plutôt bien, même si je sens qu’il n’est pas encore tout à fait convaincu.

Il pose beaucoup de questions sur la méthode. Malheureusement je dois le quitter car je suis attendu en établissement.

Beaucoup de ses questions restent en suspens. Il a compris qu’il existe d’autres façons d’apprendre, mais il a encore des doutes : serait-ce trop beau pour être vrai ?

Mais Éric choisit finalement un schéma « classique » à l’époque : un rendez-vous de 1 à 2h par semaine.

Avec beaucoup de semaines « sans » à cause de son travail. Il est d’ailleurs débordé : on ne démarre les cours que mi-octobre.

LE LANCEMENT DU PROGRAMME


18 octobre :

On parle méthode un peu plus en détails. Éric a besoin d’être rassuré. On reprend certaines notions, perdues depuis le cours d’essai 3 semaines avant.

Ça s’annonce mal. Le rythme n’est pas régulier. On tourne en rond sur les mêmes questions, déjà vues lors du cours d’essai.

Il a du mal à se débarrasser des habitudes scolaires et mécaniques prises dans sa formation.

Tous les élèves qui appliquent la méthode réussissent. Mais il faut mettre la main à la pâte rapidement, et mettre au maximum la théorie de côté pour laisser place à la pratique. Trop intellectualiser a tendance à ralentir les progrès.

Le risque ? C’est que l’élève arrête de mettre la méthode en pratique – et stoppe sa progression – pour reprendre ses anciennes habitudes.

Un peu comme un patient qui n’utilise pas son ordonnance après avoir son rendez-vous chez le docteur.

Le temps de l’élève est alors compté s’il veut reprendre sa progression, et il ne faut pas plus de quelques semaines, voire quelques jours, pour qu’un élève démotivé jette l’éponge, bloqué par ses propres freins. C’est comme sur un deux-roues : il faut avancer pour ne pas tomber.

Ce n’est donc pas gagné. Et tous ces polycopiés n’arrangent pas du tout l’affaire.

Tout comme le peu de temps de parole accordé dans sa formation en groupe : un seul professeur ne peut pas faire de suivi vraiment personnalisé dans un groupe d’apprenants. Chaque élève a ses propres préférences, avec un niveau et des objectifs différents.

Mais Éric a vraiment envie de progresser. Il avance, à son rythme, et il comprend que ma méthode pourrait lui apporter quelque chose.

On se revoit donc la semaine suivante, et puis plus rien pendant 4 semaines : il est en déplacement, et n’a pas un bon accès internet.

Bilan, fin novembre : 4 cours en 2 mois, pour un total de 3h/mois.

En fin de compte, nous sommes loin du rythme classique. Mais Éric continue d’avancer.

Il se pose moins de questions sur le pourquoi du comment : il applique la méthode, de plus en plus naturellement, jusqu’à arrêter la formation en groupe, qui ne l’arrange pas tellement du point de vue horaire.

Ses questions sont maintenant plus ciblées. Et même si nous reparlons régulièrement des défis particuliers du corse et des variations nord/sud, il voit ses progrès et continue d’avancer.

24 novembre :

Avec toutes ces interruptions et ce rythme saccadé, je ne suis pas certain qu’il soit prêt pour l’étape suivante. Mais qui ne tente rien n’a rien : je lui explique ce qu’il pourrait faire ensuite pour accélérer son apprentissage.

Je lui donne les outils, au cas où il voudrait essayer, dans les jours ou semaines qui viennent.

L’ACCÉLÉRATEUR :

La méthode SLT repose sur la personnalisation : s’adapter au niveau de l’élève est important, mais il faut aussi, entre autres, réussir à suivre son rythme.

Cela peut vouloir dire plusieurs choses, selon l’élève, mais en 2 mots :

  • Ne pas le ralentir
  • Ne pas le brusquer

Il faut du temps pour prendre certains automatismes. Mais une fois que c’est fait, on peut passer au niveau supérieur.

En fonction des résultats de la première partie du programme, on peut commencer à embrayer sur une deuxième, plus ambitieuse. Une sorte d’accélérateur.

L’expérience m’a montré qu’à partir du moment où l’élève démarre la deuxième partie, on peut s’attendre à ce qu’il passe un à trois paliers, en une moyenne de trois à six semaines.

Tout dépend notamment :

  • de la qualité du travail effectué par l’élève
  • de sa régularité
  • des progrès réalisés dans la première partie

Mais Éric n’est pas parfaitement prêt. Je ne suis donc pas certain qu’il arrivera à l’appliquer maintenant, avec son emploi du temps très chargé.

Il passe beaucoup de temps sur la route, mais ne peut pas utiliser ce temps pour écouter la radio par exemple, car il roule en moto : un obstacle supplémentaire.

UN BON DÉBUT :


8 décembre : 15 jours après.

Éric a l’air plus impliqué. Il a déjà fait des progrès intéressants grâce à cette deuxième partie du programme. Il semble l’avoir adoptée.

Mais je suis réaliste : nous n’en sommes qu’à la moitié, et les fêtes de Noël arrivent.

« Wait and see » comme disent les anglais : on attend, et on observe. La partie n’est pas encore gagnée.

Maintenant qu’il a les clefs, c’est à lui de conduire jusqu’à destination.

Moi, je passe en mode copilote : je conseille, j’observe, je guide, mais le volant est entre ses mains à présent.

Son succès dépend plus que jamais de lui.

15 décembre :

Deuxième et dernier RV du mois et de l’année. Après la coupure de Noël, les élèvent ont du mal à reprendre leur rythme.

Si un cap n’est pas franchi d’ici là, on risque de perdre une partie des progrès effectués, et il faut souvent plusieurs semaines pour remettre la machine en route.

Vu le rythme et les difficultés d’Éric, ça pourrait être fatal. On ne veut pas repartir de zéro en janvier.

Mais il se trouve qu’il applique le nouveau programme avec sérieux. Il est même plus impliqué que jamais avec ses nouveaux outils, qu’il s’est parfaitement approprié.

Cela fait maintenant près d’un mois qu’il a entamé la deuxième partie du programme.

Malgré son emploi du temps impitoyable, il a trouvé comment appliquer la méthode au quotidien, et semble plus motivé que jamais.

Pour ce dernier cours, Éric entame la conversation en corse spontanément. Et le cours se fait entièrement en corse. Il n’a plus peur.

On évoque une dernière fois les participes passés et la polynomie au cours de ses questions, mais tout est beaucoup plus fluide. Il n’est plus bloqué par ces notions.

Je reformule quelques phrases, je mime ou dessine quelques mots, mais nous n’avons plus besoin de nous accrocher au français. Même pour les questions plus techniques.

Il semble avoir passé ce cap décisif, et être entré réellement dans un cercle vertueux. Il ne reste qu’à confirmer. J’ai hâte de le revoir !

DEUX MOIS DE COURS, ET PUIS PLUS RIEN

Hélas… Les fêtes de fin d’année se terminent, les bonnes résolutions sont prises, les semaines passent… et pas de nouvelles.

A-t-il été rattrapé par le travail ?

Je suis moi-même très occupé : cours particuliers, cours du soir, difficultés administratives au collège, et ma femme qui arrive sur la fin de sa grossesse.

Je pense régulièrement à ce premier élève « test » pour le corse. Mais j’ai trop à faire de mon côté et ne veux pas le déranger ou le brusquer.

Il sait qu’il peut m’appeler en cas de besoin. J’espère seulement que tout va bien.

L’expérience n’est donc pas concluante. Les résultats ne sont pas assez solides pour pouvoir crier victoire : trop de freins du côté de l’élève, sur lesquels je n’ai aucune emprise.

Mais quoi qu’il arrive, l’expérience nous aura beaucoup apporté à tous les deux : Éric sait maintenant qu’il peut aller plus loin et plus vite que ce qu’il pensait possible.

Il sait que l’âge a très peu d’importance dans l’apprentissage, et je lui ai transmis tous les outils nécessaires pour qu’il puisse se remettre au corse quand il le voudra – ou quand il le pourra.

Quoi qu’il arrive, il a déjà atteint un palier décisif. Comme pour le vélo : même s’il n’en fait plus pendant des années, les automatismes pourront revenir rapidement. Avec le niveau déjà atteint, il ne gagnera pas forcément un Tour de France, mais il pourra remonter en selle le moment voulu.

Quant à moi, je sais maintenant que les spécificités de la langue corse sont loin d’être incompatibles avec ma méthode.

J’ai pu vérifier que ses principes s’appliquent aussi bien au corse qu’à l’anglais ou au russe. Je pourrai donc mieux l’adapter maintenant à cette 6è langue.

LE RETOUR D’ÉRIC


Fin janvier :

Ma femme est sur le point d’accoucher, et je dois réduire le rythme des cours pour être plus présent à la maison.

C’est alors que je reçois un sms d’Éric, rédigé en corse : il voudrait qu’on fasse un point ensemble.

On se revoit donc le 27 janvier. C’est-à-dire six semaines après notre dernier cours…

Heureusement, Éric n’a pas abandonné ! Il n’a pas eu le temps de caser d’autres cours, mais il n’hésite plus à utiliser le corse en dehors des cours maintenant, notamment à la maison, avec sa femme et son fils.

À présent, il n’est plus tétanisé à l’idée de se tromper. Il pratique toujours au quotidien, et surtout : il ne s’arrête plus sur chaque détail.

Il a donc pu continuer à progresser seul, grâce à la méthode et aux exercices appris ensemble.

Nous avons fini de lever les freins liés à l’apprentissage des langues, ainsi que les blocages plus spécifiques au corse.

Je ne revois pas Éric de suite, mais quelques semaines plus tard, je suis rejoint par un autre élève, avec un profil similaire.

Il est plus régulier. Il va donc démarrer plus rapidement qu’Éric, que je ne revois que début mars :

À ce stade, Éric comptabilise un total de 9h de cours avec moi. Nous prenons notre dernier RV avant le début de la saison touristique et la fin de l’année scolaire.

Éric est maintenant suffisamment autonome, comme j’ai pu le constater. Même si l’on n’arrivait plus à se voir, il pourrait s’en sortir sans moi.

C’est toujours un plaisir pour moi de revoir mes anciens élèves, mais je me prépare déjà à l’idée que l’on pourrait ne plus se revoir.

Et justement… Mon fils vient de naître, et Éric se prépare à déménager.

On ne se reverra plus pendant 6 mois.

« HAPPY ENDING »

Nous sommes maintenant début septembre, quand Éric m’appelle pour fixer un RV. On parle de tout et de rien au téléphone, en corse évidemment, sous les yeux des voisins, qui n’ont pas l’habitude d’entendre parler corse dans la quartier.

Éric me raconte son été au village, mais aussi ses déceptions. Le tout, en langue corse.

« Ma a ghjenti faci neci di parlà corsu ?! »

Il me demande si les gens font semblant de parler corse dans son village. Il a remarqué que beaucoup finissaient leurs phrases en français après seulement quelques mots de corse.

Je l’écoute avec attention : il me décrit plusieurs situations, avec fluidité.

Je comprends qu’il prend plaisir à saisir – voire à provoquer – la moindre occasion de parler corse.

Je lui réponds que c’est fort possible : lui parle maintenant de manière naturelle, mais ce n’est pas forcément le cas de tous les autres.

Ceux avec qui il n’osait pas interagir quelques mois plus tôt lui paraissent beaucoup moins impressionnants, maintenant que son niveau lui permet d’être de vraiment prendre part à la conversation.

Je lui rappelle aussi que la Corse a toujours été bilingue, et qu’il est donc traditionnellement naturel de passer d’une langue à l’autre – sans que ce soit forcément alarmant.

Je lui fais surtout remarquer le positif : s’il est capable de se rendre compte des limites ou des blocages des autres, c’est un signe qu’il a franchi un cap supplémentaire.

Il me demande maintenant si je pense qu’il devrait reprendre la formation en groupe entamée l’an passé.

On pèse le pour et le contre ensemble. Mais c’est à Éric de décider. Et je sens qu’au fond de lui, il a déjà la réponse…

ET MAINTENANT ?

En 2016, beaucoup étaient découragés sur l’île. Ils étaient certains que la langue corse était sur le point de disparaître, que personne ne prendra la relève. Depuis, les choses ont évolué. De nombreux projets ont vu le jour. Dont l’Association SLT ?

Éric fut le premier à appliquer la Méthode SLT pour la langue corse, mais bien d’autres ont suivi ensuite.

Je suis maintenant entouré d’une équipe de choc pour le corse et les autres langues, et depuis 2018, nos formations ont bien évolué, nous permettant de transmettre cette méthode à plus de 350 élèves, rien que pour la langue corse.

En l’espace de quelques années, les progrès technologiques ont été tellement rapides que beaucoup n’ont rien vu, mais il est de plus en plus facile de reproduire ces résultats. La méthode fonctionne d’ailleurs mieux à travers un écran, car la distance force notamment l’élève à développer moins dépendre de l’enseignant. Comme pour Éric d’ailleurs, qui était souvent forcé de se débrouiller seul.

Pendant l’été 2017, c’est ensuite Yipeng, notre étudiant chinois, qui a passé un cap décisif.

Et aujourd’hui, corses et corsophiles de l’île et du monde entier continuent de rejoindre l’aventure du plurilinguisme avec SLT. Ce sont toutes leurs belles histoires qui nous donnent la force de continuer : c’est le cas pour Laura, tombée amoureuse de la Corse, de sa culture et de sa langue, et qui a pu aussi parler corse en 3 mois début 2019. Elle a ensuite relevé le challenge de passer un examen écrit à Ajaccio : u Certificatu di Lingua Corsa.

Laura est la première élève a avoir accepté une interview filmée et diffusée*, mais ce n’est pas la seule à avoir obtenu de tels résultats. Si vous aussi vous avez suivi une formation SLT, et que voulez montrer comment s’est appliquée concrètement la méthode, contactez-nous ! Votre histoire peut en inspirer d’autres à se lancer dans l’aventure et à rejoindre cette belle famille, venant des quatre coins du monde, et unis par leur passion pour la Corse, sa langue et sa culture ?

C’est le cas pour Romain (alias Rumanu di a Punta, “le ch’ti le plus corse du monde”), qui nous a traduit et chanté le générique de Narcos en langue corse (Tuyo > Toiu) en direct de Bolivie avec son Ukulélé. C’était lors de la première édition de notre formation A SFIDA (soit après moins de 2 semaines d’apprentissage).

Tout ça aurait été impossible il y a quelques années. Et qui sait jusqu’où nous pourrons aller avec tous ces nouveaux outils ?

En 1915, 85% des familles transmettaient le corse à leurs enfants. En 2015 : 2%.

Et en 2025 ? Est-ce que la tendance pourra s’inverser en aidant plus de gens comme Éric ?

Dites-nous ce que vous en pensez dans les commentaires !

Et si vous êtes déjà prêt(e) à vous lancer, vous pouvez  retrouver nos formations ici ou nous contacter directement pour parler ensemble de vos besoins et de vos objectifs ?

*Laura a ensuite accepté, avec Romain et moi, une autre interview avec l’équipe du Corsica Sera (journal tv en langue corse). Vous pouvez retrouver le replay à partir d’ici.

À prestu!

Stefanu

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